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Numéro 3
« La ville est une production de la nature,
Introduction
La ville, en tant que foyer de rassemblement d'humains, est le phénomène le plus caractéristique de la prolifération d'une espèce qui, si on la considère d'un strict point de vue écologique, peut être considérée comme "invasive". La ville nous parle immédiatement, dans sa réalité physique, de notre succès problématique. Entre le début de l'agriculture et de la sédentarisation il y a environ 12 000 ans et le début de la révolution industrielle en 1800, le nombre de représentants de l’espèce humaine sur la Terre est passé d'un million à un milliard. Cette augmentation significative de la population s'est réalisée sur 14 000 ans; elle a désormais lieu en quelques années. Depuis 1960, où nous étions 3 milliards, la population humaine mondiale a augmenté d'un milliard tous les 13 ans. Rien n'est plus "naturel" que la modification des conditions de vie d'une espèce. Nous le savons depuis Lamarck, le vivant est une réalité fondamentalement historique; et l'histoire du vivant est un développement incessant de compétences et de caractéristiques dans une relation dialectique avec "l'environnement". Initialement chasseurs-cueilleurs, nous sommes devenus sédentaires et agriculteurs; nous voici désormais ubiquistes. Ubiquistes, parce que "notre aire de répartition est très étendue", mais également parce que nous sommes partout à la fois. Le phénomène des flux migratoires, sous leur double aspect, asymétrique, des émigrations et du tourisme, font essentiellement partie du phénomène urbain. Rien d'étonnant donc à ce que l'écologie urbaine soit née en 1920 à Chicago autour de questions d'occupation de l'espace par les populations immigrées (cf. entretien avec Nathalie Blanc). Depuis 1945, en quelques décennies, l'humanité est devenu quelque chose d'autre ; nos idées peinent à suivre cette mutation pharamineuse. La revue Wildproject, qui veut contribuer à combler cet écart, propose pour commencer l’année 2009 un dossier très géographique, assez poétique, et un rien hétéroclite, sur l’écologie urbaine. Du ghetto de Varsovie en flammes, d'où Frans Kracjberg a fui, jusqu'à Tripoli vue par le photographe Geoffroy Mathieu, en passant par les "chats libres" sur lesquels la géographe et sociologue Nathalie Blanc s'est penchée, où encore les forêts urbaines d'Isabelle Guillauic : bienvenue en ville.
Wildproject, janvier 2009
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