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ARNE NÆSS 1912-2009
Le philosophe norvégien Arne Næss, fondateur de l’écologie profonde, est disparu le lundi 12 janvier 2009 à l’âge de 96 ans. Saluons, selon les mots de son co-auteur David Rothenberg, une vie "heureuse et fructueuse" – une vie qui aura forgé, au coeur du 20e siècle, les outils pour le siècle suivant. À la fin d'une carrière académique éclatante (également parsemée d'exploits en alpinisme), la lecture de Printemps silencieux de Rachel Carson provoque en lui une révélation. Il quitte alors l'université pour se consacrer entièrement à la formulation philosophique de l'écologie. Tout est à inventer. Suivant l'influence de ses deux principaux maîtres, Spinoza et Gandhi, il fonde en 1972 "l'écologie profonde". Au cours des années qui suivent, l'ancien professeur d'université devient en Norvège l'objet d'une vénération nationale. Au moment où, avec presque trente ans de retard, on commence à découvrir en France son œuvre prophétique, il faut rendre hommage au courage d'un homme qui n'a pas craint de heurter les préjugés de son temps pour replacer la valeur inconditionnelle de la nature au cœur de la philosophie. À rebours des convictions de la philosophie au 20e siècle, Arne Næss considère que la nature a une existence indépendante du sujet, et une valeur en soi – indépendamment de l'usage que nous pouvons en faire. Parce qu’il rendait à la nature la place qui lui revient – la première – on lui a reproché de vouloir diminuer l’homme. Mais quelle valeur accorder à un humanisme qui ne reconnaît pas notre naturalité? Que penser d’un humanisme qui réduit la nature à un pur jeu physico-chimique d’où toute beauté, tout esprit, toute signification sont absents? C’est pourtant cet "humanisme d’anti-nature", que nous avons hérité de Sartre, qui continue de nous prévenir contre l'éthique environnementale et l'écologie profonde. Tant que nous continuerons de fonder, comme Sartre, la liberté contre la nature, et la nature contre la liberté, nous n'entendrons rien à Næss. Et songeons un instant que si l’écologie profonde désapprouve cet humanisme d'inspiration sartrienne, il s'agit peut-être précisément d'approfondir et d'affiner les valeurs de l’humanisme. Pour Wildproject, maison d’édition française consacrée à la pensée écologiste, Arne Næss renoue avec Diderot, Buffon, Rousseau, Lamarck – la tradition encyclopédiste du grand naturalisme qui, au 18e siècle, a inventé la biologie et fait nos Lumières. Et l’on espère que la disparition du penseur norvégien apparaîtra peut-être un jour comme la fin de la période pionnière et souterraine de la pensée écologiste, et le début de son développement au grand jour. On n'est peut-être pas si loin du moment où il nous semblera aussi étrange qu'à Diderot de structurer le savoir en sciences "humaines" et en sciences "naturelles". Wildproject venait de lui consacrer un dossier complet en novembre dernier.
12 janvier 2009
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“Arne Næss meurt à 96 ans, mais, pour les Français, il meurt trop tôt : il nous était encore inconnu ou méconnu. Un de ses livres, Ecologie, communauté et style de vie, venait à peine d’être traduit. Espérons que sa mort donnera envie de le lire.” CATHERINE LARRERE
“Arne Næss, un grand philosophe, un grand montagnard, un grand écologiste et un grand ami.” DAVID ROTHENBERG
“Arne Naess était l'un des pères de la philosophie de l'écologie et, chose tout aussi importante, peut-être le plus gentil, le plus généreux et le plus vivant de ce petit groupe d'intellectuels pionniers.” ANDREW LIGHT
“Une des rares figures européennes de la philosophie de l’écologie, Arne Næss aura eu une vie en plein accord avec sa philosophie.” JEAN-CLAUDE GÉNOT
“Arne Næss aura été au XXe siècle l’un des très rares penseurs de l’écologie à avoir réellement modifié la façon dont, partout dans le monde, les hommes se représentent la nature et la place qu’ils y occupent, et par conséquent la façon dont ils doivent se comporter au sein de leur environnement naturel." HICHAM-STEPHANE AFEISSA
“Arne Næss était un grand penseur, atypique, dont l'œuvre s'étend bien au-delà de la philosophie de l'écologie et qui reste en grande partie à découvrir." CHARLES RUELLE
A lire sur Internet LA DEEP ECOLOGY, PHILOSOPHIE D’UN SCEPTIQUE LA CRISE ECOLOGIQUE RESULTE D'UNE PERCEPTION ERRONEE DU MONDE
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