LA PROFONDEUR EST LA PREMIERE DIMENSION
Dans quel état d’esprit étiez-vous lorsque vous avez commencé à traduire avec Arne Næss Ecology, community and lifestyle à la fin des années 1980 ? C’est en 1983 que j’ai rencontré Arne à Oslo, et que nous sommes allés pour la première fois à Tvergastein, sa fabuleuse cabane de montagne. Ronald Reagan était président des Etats-Unis, j’avais envie d’aller voir ailleurs. Deux ans plus tard, je suis revenu en Norvège et j’ai décidé de rester quelques temps. Je n’avais pas spécialement envie de rentrer chez moi, et j’adorais les montagnes et la musique norvégiennes. A l’époque, c’était un endroit beaucoup plus coupé du monde, beaucoup plus étranger – c’était avant que n’arrive l’argent du pétrole. J’étais littéralement passionné par la pensée écologiste norvégienne, mais dans les années 1980, la plupart des gens pensaient que c’était quelque chose de dépassé, qui appartenait aux sixties. Il leur arrivait de se moquer de nous autres étrangers, venus là étudier les Norvégiens et la nature.
Je ne suis pas sûr que le label soit encore utile aujourd’hui. L’idée que nous devons appréhender notre humanité comme une partie du monde naturel, et non comme opposée au monde naturel, est désormais assez unanimement acceptée.
Comment est-ce que votre travail s’articule à l’écologie profonde ? Je suis toujours frappé par la diversité des parcours qu’ont eu les gens qui ont été à un moment donné (comme moi entre 1985 et 1987) assistants d’Arne Næss. Johan Galtung a fondé le Field of Peace Research, Nils Christie est devenu un célèbre criminologue, Gene Sharp un universitaire reconnu sur Gandhi et la non-violence, et Paul Hofseth sous-secrétaire d’Etat pour l’environnement. Je suis donc devenu un musicien qui essaie d’improviser avec le monde naturel.
Quelle fierté et quelle satisfaction tirez-vous de ce que vous avez réalisé jusqu'à aujourd'hui? Si je commence à y réfléchir, je suis en général insatisfait de tout. Pas assez de gens ne s'intéressent à tout ça ; personne, à commencer par moi, ne fait de travail significatif pour sauver le monde. Mais si quelques personnes me disent que mon travail les a rendus heureuses et a eu un impact sur leur perception de l'humanité, de l'art, de la nature et du monde, alors je me dis que cela valait la peine. Tout cela ne suffit cependant pas, je me sens toujours sous-utilisé, j'ai toujours le sentiment que je devrais faire davantage, que je ne travaille pas assez dur. Propos recueillis par Wildproject, 2008
What was your state of mind when you began editing Ecology, Community and Life Style with Arne in the late 1980s? It was 1983 when I first met Arne in Oslo and when we first went to Tvergastein, his wonderful mountain hut. Ronald Reagan was president of the USA, I wanted to get out. Two years later I came back and decided to stay a while. I didn’t want to go back home, and I loved the mountains and music of Norway. Back then it was a much more removed, more foreign place, before the oil money came. I was so interested in the environmental thought of Norway, yet most people around thought that was a thing of the past, the sixties and seventies. Sometimes they laughed about us foreigners coming to study Norwegians and nature.
Do you consider yourself as a deep ecologist? I’m not sure the label is so useful anymore, because the idea that we need to change the way humanity sees itself as part of the natural world, not in opposition to the natural world, has now become generally accepted.
How is you artistic work intertwined wi h deep ecology? I was always impressed that all of the people who worked as assistants to Arne Naess, the job that I had from 1985-87, have gone on to do very different things: Johan Galtung became the founder of the field of peace research, Nils Christie became a famous criminologist, Gene Sharp became a famous scholar of Gandhi and nonviolence, and Paul Hofseth became Norwegian undersecretary for the environment. So I became a musician who tries to jam along with the natural world.
How proud and satisfied are your of what has been accomplished until now? How unsatisfied? If I start to think about it, I am usually unsatisfied with everything. Not enough people are paying attention, no one, especially me, is doing enough important work to save the world. But if just a few people tell me my work has made them happy and made them think differently about humanity, art, nature, and the world, then it seems to have been worth it. Yet it is still not enough, I always feel under-utilized, that I should be doing more, that I am not working hard enough. Wildproject 08
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