Pour une économie Chroniques d'Emmanuel Delannoy, fondateur
de l'Institut INSPIRE (Inititiative pour la promotion d'une industrie réconciliée avec l'écologie et la société)
1. QU'EST-CE QUE LE "BIOMIMETISME"? Nous sommes tous accaparés par la question de savoir où nous pourrions trouver un modèle de production et de consommation durable, alors que nous l’avons sous les yeux, sous nos pieds et tout autour de nous chaque jour. En fait, nous vivons dedans, nous en faisons intimement et intégralement partie, mais, obnubilés que nous sommes par l’instantané, nous en oublions de prendre le recul nécessaire. Alors, ce modèle de production durable, c’est quoi ? Mais la vie bien sûr ! Le vivant, la biosphère, la biodiversité, appelez le comme vous voulez, mais depuis des milliards d’années, ça dure, ça crée, ça produit, ça s’adapte et ça innove ! Voilà donc des milliards d’années qu’un système productif fonctionne en circuit fermé, et recycle en boucle les mêmes atomes, les mêmes molécules, sans donner le moins du monde l’impression de s’appauvrir ou de décliner. Au contraire, la vie montre une incroyable tendance à innover dans tous les sens, à se diversifier et à profiter de la moindre opportunité. Un déchet ? Qu’est-ce que c’est ? La nature ne sait pas ce que c’est qu’un déchet : tout est ressource, tout est utile. Et ça fonctionne en circuit fermé, ai-je dit ? Pas tout à fait : le flux continu d’énergie que la biosphère reçoit du soleil permet d’alimenter la photosynthèse, ce véritable moteur du système vivant, qui est à la base de toute chaine alimentaire. Mais pourquoi donc est-ce que je vous parle de tout ça ? Parce que certains ont eu l’idée brillante de chercher à comprendre ce qui marchait bien dans la biosphère, pour s’en inspirer et mettre au point des produits, des services, des procédés, voire même des villes, des zones industrielles ou des systèmes agricoles. Cette démarche, ça s’appelle le biomimétisme. Pour que ça fonctionne, il faut d’abord décloisonner, faire travailler des naturalistes, des biologistes, des écologues, avec des ingénieurs et des managers. Il faut ensuite se poser les bonnes questions :
Et puis il faut tester, et mettre en œuvre. Quelques exemples de succès :
J’en aurais des dizaines comme ça, d’exemples, mais le temps nous est compté. Mais rassurez vous, une bonne idée comme ça, on ne va pas l’oublier de sitôt, et on en reparlera…
2. EN FINIR AVEC La litanie des casse tête que l’Homo industrialis de ce début de siècle doit affronter donne le tournis : il faudrait en même temps résoudre la question de la fin de pétrole, celle du bouleversement climatique, celle de la pollution des eaux ou de l’air, celle de l’érosion et de l’artificialisation des sols, celle de la disparition de nombreuses espèces vivantes, celle de l’accroissement dramatique de la pauvreté et des inégalités, et j’en passe… Et puis il y a vous, le soir. Vous avez fini de desservir la table du diner, expédié la vaisselle, et, enfer et putréfaction, il y a la poubelle qui déborde et qu’il va bien falloir fermer et descendre… Vous l’avez compris, je vais vous parler des déchets. Voilà un cas d’école typique de la façon dont nous abordons le problème : par le mauvais bout. « Au secours, les poubelles débordent ! » Qu’à cela ne tienne, répondent certains, il n’y a qu’à les bruler, et on récupérera au passage un peu d’énergie sous forme de chaleur. Pas question disent les autres, il faut les enfouir dans des centres techniques contrôlés. D’autres encore préconisent de les méthaniser, etc… Bien sûr, quelques soient les qualités et les défauts de chacune de ces « solutions », personne n’en veut chez soi, ce qui est d’ailleurs bien compréhensible, mais ne fait pas avancer le problème.... Ce genre de débat, nous connaissons bien à Marseille. Je me souviens aussi des envolées homériques que cette question a suscité pendant les négociations finales du Grenelle de l’environnement, au point que le Ministre, lassé, à fini par accorder un délai de huit semaines aux négociateurs pour tenter de se mettre d’accord. Peine perdue, bien sûr. Mais qu’est-ce que c’est qu’un déchet ? Selon les termes de la loi, c’est quelque chose qui est destiné à être détruit. Or, tout ce que l’industrie produit est voué, un jour ou l’autre, à devenir un déchet. Notre mode de développement industriel est, strictement, linéaire : nous prélevons des ressources naturelles, nous les transformons, les transportons, les utilisons, et finalement nous les jetons. Regardons maintenant ce qui se passe dans la nature : rien n’y est déchet. « L’économie » de la nature, si vous me passez ce raccourci, n’est pas linéaire, elle est circulaire. Un arbre va, pour sa croissance, mobiliser de l’énergie issue du soleil à travers la photosynthèse, et des nutriments qu’il va puiser dans le sol. Ses feuilles, ses fruits, le tronc lui même de l’arbre après sa mort seront décomposés, par une cohorte d’insectes, de vers, de bactéries, en éléments nutritifs de base, en « nutriments organiques », qui sont réinjectés dans le circuit et réutilisés. Serait-il hors d’atteinte de notre imagination que de concevoir un système industriel ou chaque appareil, chaque équipement, chaque immeuble serait, en plus de durer plus longtemps, décomposé à la fin de son utilisation en « nutriments techniques », destinés à être réinjectés dans le circuit ? La seule bonne manière d’aborder la question des déchets, c’est en amont. C’est, par la conception des produits et des services, par l’optimisation des procédés industriels, par la coopération entre acteurs économiques, de mettre en œuvre tout ce qui peut l’être pour réduire, voire annuler, à la source, la quantité de déchets. La marge de progrès est considérable. Et la bonne nouvelle c’est que, sur ce sujet précis au moins, nous avons tous des leviers d’action, par nos choix de consommateurs. Par exemple, celui de choisir des produits éco conçus, des produits de meilleure qualité qui durent plus longtemps, des contenant de plus grande quantité (ou la quantité d’emballage par rapport au contenu sera réduite), des produits non suremballés, etc… Vous triez vos déchets, c’est bien. Et maintenant, qu’attendez vous pour triez vos achats ?
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